Trônant assise sur une cathèdre surélevée parcourue d'un luxuriant brocart frangé,le visage pieusement mélancolique enserré par un pan de l'ample manteau qui l'enveloppe toute entière, la Vierge Marie maintient avec tendresse, de ses mains aux doigts effilés, l'Enfant Jésus séant debout sur son genou gauche. Drapé d'une fine étoffe soulignant ses formes potelées, le Divin bambin à la blonde tête sensiblement inclinée, au regard souriant dirigé vers la Terre porte en un geste de mansuétude sa main gauche sur sa poitrine dénudée et, de l'autre, maintient telle une offrande un rameau d'olivier. Evoquant, selon la tradition iconographique chrétienne certains épisodes de la vie du Christ- et, plus particulièrement, celui de sa Prière au jardin de Gethsèmani précédant son Sacrifice-,ce symbole pacificateur nimbe de son ondoyant ramage le faîte du haut dossier mouluré; en écho, une des marches du trône de grâce se centre d'un cartel titré d'un verset de l'Ancien Testament: "Quasi Olivia Speciosa in Campi".
Auréolées d'un blanc laiteux, les figures fines et gracieuses se parent d'étoffes au subtil chromatisme. Jouant de la douceureuse harmonie de bleu lapis, rose et jaune lavés, celui-ci est rehaussé d'une résille de motifs floraux et ornementaux stylisés (rubans, étoiles) aux éclatantes tonalités de violet, d'orangé serties d'un délicat vert clair. Se détachant sur un fond nuancé d'un vert olivâtre, l'étroite bande ocre du brocart ouvragée de rinceaux, feuillages d'acanthe, de rosaces quadrilobées, de losanges aux contours bruns conférent à cette pièce, sur son ensemble "vernissée", richesse et luminosité.
Composition dotée d'une délicate eurythmie, attitudes et expressions chastes et douces, recherche d'une élégance décorative à laquelle les drapés fluides des étoffes parsemées de suaves motifs floraux (décor dit "a fiori, frutti a foglie") donnent une certaine préciosité, raffinement chromatique ajusté à la sacralité du sujet distinguent cette Madone des Oliviers pourvue d'un grand charme poétique.
Comme d'autres Madones créées aux alentours des années 1890-1910 par la Manufacture de "Ceramische Artistiche Angelo Minghetti e Figli"- dont peu d'intérieurs bolonais sont dépourvus et fort recherchées, à juste titre, par une clientèle internationale-, notre statuette tant par la clarté de son symbolisme que par son esthétisme épuré, ses qualités décoratives émeut et enchante.
Elle relève aussi de la sensibilité d'une époque éprise au tournant des XIX-XXe siècles de mysticité. A cette inclination répondent d'éminents représentants des arts décoratifs européens tels qu'Angelo Minghetti- concepteur en collaboration avec Arturo Colombarini (1871-1940) de cette effigie- en conjuguant aux tendances de ces décennies (Préraphaelisme,Symbolisme) d'incontournables référents (modèles anciens dérivés du Quattrocentto, lexique ornemental Renaissance gothique). Notre Madone présente des similtudes avec une toile exécuté en 1883 par Nicoli Barabino (1832-1891)-Quasi Oliva Speciosa in Campis- dont la composition , gravée par G.Cantagalli, fut largement diffusée dans la Péninsule.
Italie, Bologne, fin XIX-XXe .
Matériaux: Faience , décor polychrome émaillé sous couverte.
Dimensions: H.: 39,5 cm ; L.: 17cm ; Pr. : 15 cm.
- La Manufacture de Céramique Artistique Angelo Minghetti et Fils ( 1858-1967).
En un siècle féru "d'objets et de Haute-curiosité" et, plus particulièment épris dès l'époque Romantique des Majoliques italiennes d'époque Renaissance, Angelo Minghetti (Bologne, 1822-1885) fonde en homme entreprenant vers 1858 une petite entreprise familiale de "Ceramische Artistiche"dans sa ville natale. Sis près du Palais Pepoli,les ateliers de sa Manufacture seront par la suite transférés sur la via Zamboni( 1864) puis 87, porte San Vitale (1878).
Initié à l'art de la Majolique comme ouvrier puis collaborateur auprès de la Fabrique de Céramique Bucci d'Imola (Emilie) pour laquelle il restaure des pièces de Faenza du XVIe siècle ou exécute des copies de ces fameuses "terres vernissées" sollicitées par des antiquaires pourvoyant aux goûts de la clientèle européenne, A. Minghetti présente ses propres créations en 1869 à l'Exposition industrielle de Bologne. Récompensées d'une Médaille d'argent, celles-ci augurent la carrière jalonnée de succés nationaux et internationaux de ce céramiste talentueux : médaille d'argent (Rome, 1883; Turin, 1884) médaille d'or ( Vienne, 1873;Milan ,1881), Mention Honorable (Paris, 1878) et Diplôme d'Honneur (Turin, 1881). Attaché à vivifier un art séculaire en s'inspirant des compositions de Della Robbia ou en ré-inventant les formes sculpturales et motifs complexes du Settecento , Minghetti fut salué lors de l'Exposition de Turin (1884) comme le 'felice inovatore dell'arte ceramica italiano".