Christ Enfant et la Vierge
Huile sur marbre et marqueterie de pierres du Rhin, cm 30,5 x 26
Avec cadre, 44 x 38 cm
Dans la production de portraits de Jean Ducayer et Jean Leblond, ce couple se distingue par son sujet religieux de la Vierge et du Christ Enfant. Les modèles des deux personnages pourraient être identifiés avec Anne d’Autriche et l’enfant Louis XIV, en ligne avec la propagande de la famille royale au moment des manifestations contre la monarchie absolue. En effet, après la mort de Louis XII en 1643, sa femme Anne deviendra régente pour son fils Louis XIV jusqu’en 1651, affrontant dans le même temps la révolte de la Fronde parlementaire (1648-1649). Dans certaines gravures et peintures de l’époque, le couple formé par Anne d’Autriche et Louis XIV est vu comme une contrepartie de la Vierge et de l’Enfant Jésus, avec la reine régente, en deuil, qui souhaite être associée à la plus parfaite des mères : la Vierge Marie. L’inséparabilité du couple, malgré le fait qu’ils soient divisés en deux cadres différents, doit être ramenée au genre, très répandu en France pendant la régence d’Anne d’Autriche, des regards, c’est-à-dire des "regards". La ferveur catholique de la reine, qui avait appelé son fils Louis le don de Dieu, aide à comprendre les raisons de ce choix iconographique dans le panorama français de la première moitié du XVIIe siècle, période où est actif comme portraitiste Jean Ducayer, artiste à l’école duquel les deux petits marbres sont attribués. La série de portraits réalisés par l’artiste est en ligne avec la pose, les costumes et le rendu des traits du visage que nous retrouvons ici, à proximité du fil rouge des œuvres identifiables comme portraits d’état.L’effort semble donc tendre à rendre bien évident le statut politique et social de l’élu. On se concentre sur les attributs les plus évidents du pouvoir et de la richesse tandis que le modèle est représenté, avec des apparences absorbées et impénétrables, comme pour souligner son impersonnelle immuabilité et imperméabilité au cours des événements. Le succès de ce genre au cours du XVIIe siècle se manifeste dans la longue série de portraits de souverains, nobles et courtisans européens dont on produisait plusieurs versions, souvent par les disciples ou les élèves des artistes comme dans ce cas. Les visages des deux souverains français, transférés dans le domaine religieux, sont enrichis de pierres précieuses comme les pierres du Rhin, ou cristaux vitrifiés taillés et gravés à la main pour augmenter leur brillance, placés dans la couronne et le pendentif, qui ressortent sur la surface lisse du marbre, taillé en forme octogonale et inséré dans deux cadres ovales en chêne, estampées et dorées, de l’époque Louis XVI.