Ferdinand von Kobell (1740–1799)
Personnages au bord d’une rivière, en lisière de bois
Craie noire, estompe et rehauts de craie blanche,
19 x 28,8 cm
Signé et daté en bas à droite : 1777
Provenance :
Ancienne collection Beurdeley, cachet de collectionneur en bas à gauche (L.421)
Vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot, Piasa, 22 mars 2006, lot 71
Collection particulière, France
Ferdinand von Kobell, figure éminente de l’art
paysager allemand du XVIIIe siècle, était à la fois peintre et graveur,
étroitement associé à l’École de Munich. Initialement formé au droit, sa
passion pour les arts le mena en Italie puis aux Pays-Bas, où il s’imprégna de
l’influence des paysagistes du Siècle d’or hollandais et des traditions
classiques. Ses œuvres reflètent souvent une nature idéalisée, ponctuée de
présences humaines discrètes, rendue avec une grande sensibilité et une
remarquable précision technique.
Ce dessin, daté de 1777, témoigne de la maîtrise
de Kobell dans l’usage de la craie noire et de son recours caractéristique à la
craie blanche pour suggérer la lumière scintillante filtrant à travers un
feuillage dense. La composition présente un paysage forestier paisible en bord
de rivière, où les variations douces du relief et la riche canopée créent un
sentiment de grandeur tranquille. Les petites figures, nichées au premier plan,
apportent échelle et narration sans troubler l’harmonie de l’ensemble naturel.
Le rendu atmosphérique des arbres et des reflets
dans l’eau révèle l’intérêt profond de Kobell pour les subtilités de la lumière
et de l’ombre, probablement inspiré par des artistes hollandais du XVIIe siècle
comme Jacob van Ruisdael. Pourtant, le dessin conserve une voix propre, avec
une qualité lyrique et une tonalité méditative qui invitent le spectateur dans
un monde pastoral intemporel.
La provenance de l’œuvre renforce encore son
importance historique : elle a appartenu à la prestigieuse collection
Beurdeley, réputée pour sa sélection exigeante de dessins de maîtres anciens.
Cette pièce illustre non seulement la virtuosité technique de Kobell, mais
constitue également un rare et émouvant exemple du dessin de paysage de la fin
du XVIIIe siècle, à la croisée du rationalisme des Lumières et d’une
sensibilité romantique naissante.