Le musée des Arts décoratifs et du design de Bordeaux présente la première rétrospective consacrée à l ‘œuvre du designer, architecte et théoricien italien Andrea Branzi, qui se tiendra jusqu’au 25 janvier 2015. Près de cent quarante pièces provenant des Etats-Unis et d’Europe sont rassemblées par le musée pour offrir un regard d’ensemble sur le travail essentiel de ce créateur, dont l’œuvre est emblématique de l’histoire du design de l’après-guerre à aujourd’hui.
Acteur du mouvement radical italien, d’Alchimia puis de Memphis, Andrea Branzi a œuvré à libérer le design de son carcan moderne : d’une discipline orientée jusque là vers la production et la rationalité, il a contribué à faire un champ d’une totale liberté d’expression, ouvrant ainsi la voie vers la multiplicité des formes que revêt aujourd’hui le design.
Tout au long de son parcours, il exprime dans son travail une lecture sensible de l’évolution du monde. S’y reflète sa vision très anticipatrice de la société actuelle, de ses transformations, de ses nouveaux codes.
.Fédérant la pensée de ses amis designers, et notamment d’Ettore Sottsass, il met en place une histoire théorique du design dans laquelle cette discipline est enfin étudiée pour elle-même, de façon autonome, non plus considérée comme un outil au service de l’industrialisation des objets de notre quotidien, mais comme une discipline qui s’intéresse avant tout à l’humain.
Cette exposition offre une lecture du travail d’Andrea Branzi. Au-delà de la perspective d’une œuvre forte et singulière, elle permet également une compréhension de l’évolution du design depuis la seconde moitié du XXe siècle.
L’exposition s’organisera hors-les-murs, dans ce magnifique endroit qu’est l’église Saint-Rémi, érigée entre les XIe et XVe siècles, et aujourd’hui désacralisée, située dans l’hyper centre de Bordeaux, à deux pas de la place de la Bourse.
Parcours de l’exposition
période Pop
C’est au milieu des années 1960 qu’Andrea Branzi entre sur la scène culturelle.
En pleine culture Pop, il a choisi de présenter comme diplôme de fin d’études à l’université d’architecture de Florence un projet de grand « supermarket-Piper-Luna Park » (1966), un parc d’attractions permanent à l’intérieur d’un supermarché incluant également une discothèque. Un lieu dédié à cette nouvelle jeunesse dont il fait partie, qui se libère de ses inhibitions en dansant et en s’enivrant de musiques fortes. Un projet qui se nourrit du langage commercial utilisé par le Pop Art pour produire une nouvelle force expressive.
En 1966, il fonde le groupe Archizoom, avec Gilberto Corretti, Paolo Deganello, Massimo Morossi, Dario et Lucia Bartolini, et renverse les mythes du design qui dès lors n’est plus uniquement dédié à la conception industrielle de produits d’usage mais à la création d’objets qui cohabitent avec leurs usagers, des objets expressifs, dérangeants, émouvants, amusants avant d’être simplement utiles.
Memphis et Alchimia
Andrea Branzi fait partie du Studio Alchimia, fondé en 1976 par Alessando Guerriero. Alchimia s’engage pour un « nouvel artisanat ».
Un artisanat qui soit un laboratoire expérimental pour l’industrie répondant à la demande croissante d’objets singuliers, face à une production en série de plus en plus uniforme.
L’enjeu n’est plus la technique ni la distribution des objets mais leur potentiel expressif. Une démarche qui répond à la société post-industrielle, qui ne tend plus vers l’homogénéité de l’utopie du beau pour tous mais vers un ensemble de groupes en conflit, qui se définissent par des cultures et des religions différentes.
En 1982, Branzi fonde la Domus Academy, première école post-universitaire de design, dont le programme de recherche s’axe sur les nouveaux modèles d’habitation, de scénographies urbaines, de design d’ambiance.
Les maisons « à plan central » s’inscrivent dans cette réflexion. A l’inverse du plan traditionnel de l’habitat qui s’organise selon un schéma de distribution des fonctions, elles proposent des espaces domestiques définis d’abord par leurs dimensions poétique et affective. Branzi part de l’homme et de ses besoins. Le noyau est l’objet domestique, une table et un tapis placés au cœur du lieu, pour générer un plan à partir des besoins sensibles et culturels de l’individu. Il cherche à façonner entre l’homme et ses objets, un système de relations qui ne soient pas seulement ergonomiques et fonctionnelles mais culturelles et expressives. Les objets de Branzi proposent, parallèlement à une volonté de répondre aux besoins d’usage, une dimension non fonctionnelle mais cependant nécessaire, incluant l’ironie, l’émotion, la surprise et l’attachement.
Un tournant décisif
En 1985, Branzi présente sa première exposition en solo, Animali Domestici. Dans une atmosphère sombre, théâtralisée par de puissants jeux de lumière, se côtoient des sièges aux formes radicales, essentielles. Il a évacué la couleur et les motifs artificiels pour laisser place à la seule expressivité très forte de la nature, chaque branche d’arbre étant unique.
Il s’en dégage une atmosphère mystérieuse, avec une teneur magique ou sacrée. Animaux domestiques est un titre étrange pour une collection de mobilier, un titre qui confère un caractère vivant et éloigne du seul usage fonctionnel. Comment domestiquer le mobilier ? Sont exposées ici les rares pièces originales de cette exposition qui existent encore, ainsi que d’autres objets hybrides mêlant artificiel et naturel, des pièces de mobilier dans lesquelles le bois reprend une place essentielle, mais de façon primitive, inventant ainsi un langage inédit qui marqua et nourrit encore les nouvelles générations de designers.
Sont également montrées ici les pièces de la série Wireless, dans laquelle la technologie acquiert un statut poétique.
Mouvelles dramaturgies
Evocation du décor antique, des thèmes essentiels de l’existence humaine, le sexe, la mort, d’une culture occidentale religieuse, ces pièces ne « sont pas le fruit de la mémoire, mais plutôt de l’amnésie. Elles jouent avec les traces d’une culture oubliée »
Dans ces mobilier-peinture, Andrea Branzi met en place de drôles de fictions qui demeurent pour nous parfois à l’état de mystère. Mystères insondables qui paraissent trouver leurs origines dans un passé lointain, flirtant avec une culture pompéienne dans laquelle les objets étaient pourvus d’une âme.
Un monde en céramique
Andrea Branzi perçoit l’artisanat et notamment l’artisanat d’art comme « un gigantesque lieu d’expérimentation ». Ainsi en 2010, il collabore avec la manufacture de Sèvres sur une collection de porcelaine : « Louis XXI, porcelaine humaine »
Ces pièces mélangent un savoir faire ancien, celui de Sèvres, et la modernité de Branzi qui invente le calice en porcelaine. Un objet inédit et inattendu.
La céramique joue, comme le verre, un rôle particulier dans le travail d’Andrea Branzi. Se mélangent ici des pièces qui sont comme de petites architectures, encadrant des morceaux de paysages domestiques, aux pièces de Sèvres, dont les formes sont au contraire très libres, « des porcelaines humaines, au croisement de la génétique et du design ».
Certains des vases ou des lampes en céramique s’apparentent à des architectures à l’échelle domestique, ce sont des structures qui qualifient l’architecture intérieure, proposent de nouvelles façons d’habiter.
Sont ici rassemblées différentes façons d’appréhender la céramique, ce matériau ancestral.
Architectures pour des fleurs
Nombre de ces vases ou de ces objets s’apparentent à des architectures à l’échelle domestique, ce sont des structures qui qualifient l’architecture intérieure, proposent de nouvelles façons d’habiter. A propos de ses vases, Branzi parle d’ailleurs « d’architectures pour des fleurs ». Ce sont des objets qui cristallisent des espaces imaginaires
Perimetro Cappella
La série Grandi Legni semble inaugurer un changement d’échelle. Non pas qu’Andrea Branzi n’ait jamais conçu de grands objets, au contraire il a souvent joué sur les ruptures d’échelles, dans un sens ou dans l’autre. Mais au tournant des années 2000, la dimension imposante de ses œuvres devient une constante. Ces pièces s’imposent par leur monumentalité, sans pour autant être jamais autoritaires.
En savoir plus:
http://branzibordeaux.fr/F/index.php