Cabinet Anversois du XVIIème siècle

Cabinet Anvers, vers 1630, XVIIème siècle
Peintures sur bois : Entourage de Hendrick van Balen (Anvers, 1573– 1632)
Dimensions : h. 86 cm, l. 102 cm, p. 47 cm

Ce précieux cabinet fait partie des œuvres rares, emblématiques de la ville d’Anvers, réalisées grâce à la collaboration entre un peintre et un maitre ébéniste, et destinés à orner des Kunstkammer (musée privé) ou des cabinets d’amateurs d’art.

Cabinet Anversois du XVIIème siècle. (c) Galerie Nicolas Lenté, Proantic

Notre cabinet est orné de 13 panneaux peints à sujets mythologiques et allégoriques et reflète parfaitement les tendances picturales anversoises du début du XVIIème siècle. Définitivement dans l’esprit du temps, où l’un des rôles des cabinets d’amateurs (la pièce pour laquelle il est destiné) est de pouvoir contempler le monde sous tous ses aspects.
Il ouvre par deux vantaux découvrant 10 tiroirs dont 9 avec des panneaux peints en façade, une porte centrale ainsi qu’un compartiment supérieur dont l’intérieur est orné également d’un panneau peint.

Cabinet Anversois du XVIIème siècle. (c) Galerie Nicolas Lenté, Proantic


La porte de gauche présente un thème fréquemment traité au XVIIe siècle, l’allégorie des quatre éléments qui composent l’univers: l’air, l’eau, le feu et la terre. Ils sont personnifiés par des jeunes femmes exposant les attributs des quatre règnes de la nature. La sphère armillaire pour l’Air, une torche allumée pour le Feu, le pot de fleurs pour la Terre et une urne pour l’Eau, Au premier plan au sol sont posés des objets évoquant l’art du feu: un amas de pièces d’armures et d’armes, sur une table pendules et la vaisselle. En arrière-plan nous apercevons la forge de Vulcain.

La porte de droite illustre l’allégorie de l’Automne sous les traits de divinités romaines. Bacchus avec une coupe, Cérès avec la corne d’abondance et Venus vue du dos et dénudée sont réunis dans un paysage tandis que Diane leur présente le gibier. Les fruits et légumes posés à leur pieds évoque la richesse de la récolte.

Cabinet Anversois du XVIIème siècle. (c) Galerie Nicolas Lenté, Proantic

La petite porte centrale quant à elle illustre l’Allégorie de la Vanité, personnifiée par une jeune femme tenant une lampe a l’huile d’où s’échappe la fumée (la fuite du temps), le putto soufflant des bulles de savon (signifiant la fragilité de la vie) est assis sur un crane, symbole de la mort.

Le panneau dans le compartiment supérieur illustre l’allégorie des cinq sens personnifiés par des jeunes femmes réunies autour d’une table garni de mets varies et tenant chacune un attribut. Le perroquet pour le Toucher, le miroir pour la Vue, la coupe pour le Goût, la fleur pour l’Odorat et la luth pour l’Ouïe.

Cette représentation du monde à travers un cabinet se poursuit avec le choix des sujets utilisés pour des panneaux des tiroirs qui sont directement inspirés par des Métamorphoses d’Ovide gravées par Antonio Tempesta. Ces gravures publiées en 1606 ont considérablement accru le répertoire pictural mythologique et sont rapidement devenues la source d’inspiration pour les artistes anversois.

Cabinet Anversois du XVIIème siècle. (c) Galerie Nicolas Lenté, Proantic

Les sujets présents :
Côté gauche du haut en bas :
• Vertumne et Pomone
• Apollon poursuivant Daphné
• Le suicide de Thysbé
• La mort d’Adonis

Côté droit du haut en bas :
• Procris offrant le javelot d’Artémis à Céphale
• Adonis contemple Vénus endormie
• Latone transformant les paysans lyciens en grenouilles
• Cénée et Poséidon

Le tiroir central : Glaucos séduit par Scylla

Les histoires contenues dans « Les métamorphoses » constituaient des sujets parfaitement adaptés pour les cabinets de curiosité dont la fonction était de refléter et d’expliquer le monde et ses origines à travers une vision mythologique et non biblique.

Cabinet Anversois du XVIIème siècle.
(c) Galerie Nicolas Lenté, Proantic

Outre le fabuleux décor peint, notre cabinet est exécuté avec un raffinement et emploi de matériaux onéreux. Il affiche un extérieur sobre, mais soigné, en placage d’ébène et embelli d’encadrements de moulures ondées et d’applications d’argent repoussé. Une fois ouverte, la petite porte nous dévoile un compartiment composé d’une suite de tiroirs encadrant un théâtre conçu en alternant les miroirs et les demi-colonnes en bois doré avec au fond deux peintures sur bois représentant un gentilhomme et une noble dame élégamment vêtus. Le sol est un damier d’ébène et d’ivoire.
En suivant la conception classique, il possède deux tiroirs en ceinture.

Contexte historique :
Au XVIIe siècle, Anvers était le premier centre européen de fabrication des cabinets aux panneaux peints. Les illustrations des intérieurs contemporains montrent qu’il s’agissait des meubles de présentation, souvent en placage d’ébène à l’extérieur qui une fois ouverts émerveillaient par la richesse de leurs petites peintures à l’huile. Ces cabinets étaient destinés à abriter des collections de bijoux, d’argent, de minéraux, de coquillages et autres spécimens, en lien avec la tradition princière des kunstkammer (musées privés).

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