Rococo & co. De Nicolas Pineau à Cindy Sherman

À l’occasion du salon du Dessin 2025, le musée des Arts décoratifs met à l’honneur l’une des figures majeures du renouvellement artistique du début du XVIIIe siècle, Nicolas Pineau, sculpteur ornemaniste et architecte, et consacre une exposition inédite au style rococo.

L’exposition explore les évolutions du style rococo, de son émergence au début du XVIIIe siècle jusqu’à ses résurgences dans le design et la mode contemporaine, en passant par l’Art nouveau et l’art psychédélique.

Près de 200 dessins, mobilier, boiseries, objets d’art, luminaires, céramiques, et pièces de mode dialoguent dans un jeu de courbes et de contre‑courbes. Nicolas Pineau et Juste Aurèle Meissonnier côtoient Louis Majorelle, Jean Royère, Alessandro Mendini, Mathieu Lehanneur, mais aussi les créateurs de mode Tan Giudicelli et Vivienne Westwood, ainsi que l’artiste Cindy Sherman.

Nicolas Pineau, Nicolas Pineau, Panneau orné de motifs rocailles et chinois, vers 1735 © Les Arts Décoratifs

Présentation

De ce sculpteur ornemaniste, ses contemporains disent qu’il a inventé « le contraste dans les ornements ». Adepte d’une asymétrie mesurée, jouant subtilement des pleins et des vides, il s’est illustré dans des domaines aussi divers que la boiserie, la sculpture des façades, l’architecture, l’estampe, le mobilier, l’orfèvrerie… Appelé à Saint-Pétersbourg par le tsar Pierre Ier en 1716, il a œuvré à l’ornement du domaine de Peterhof. De retour à Paris en 1728, il a travaillé pour la noblesse parisienne et pour Louis XV, tout en envoyant des modèles en Allemagne et en Russie.

En confrontant des dessins pour la plupart exposés pour la première fois à des pièces de boiseries et des objets de la collection du musée, cette exposition propose une plongée inédite dans la fabrique de l’art rocaille. Une enquête sur la manière dont l’esprit du rococo nourrit la création jusqu’à nos jours prolonge cette présentation.

Firme Jennens & Bettridge (Birmingham), Fauteuil, vers 1850-1865 © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Figure du rococo. Nicolas Pineau, entre Paris et Saint-Pétersbourg

D’abord connu pour son œuvre gravée, Nicolas Pineau est appelé en 1716 en Russie, où il devient premier sculpteur puis premier architecte de Pierre le Grand. Pour le tsar, il dessine de nombreux projets de décors, jardins, monuments et édifices, participant activement aux grands chantiers qui transforment Saint‑Pétersbourg en capitale d’un nouvel empire et Peterhof en une nouvelle Versailles.

De retour à Paris en 1728, Pineau souhaite poursuivre sa carrière d’architecte, mais c’est en tant que sculpteur qu’il excelle et se distingue auprès de ses contemporains. Il travaille principalement pour la noblesse parisienne et pour Louis XV, tout en continuant à envoyer ses modèles en Allemagne et en Russie, et en maintenant une activité éditoriale. Essentiellement constituée de sculptures de façades et de boiseries, son œuvre est en grande partie détruite avec l’avènement du néo-classicisme. Toutefois, des vestiges subsistent encore aujourd’hui dans les rues du vieux Paris, témoignant de l’élégance de son art.

Nicolas Pineau (1684-1754), Parclose provenant de l’hôtel de la Roche-Guyon, puis d’Artaguiette, avant 1748, remonté dans l’hôtel de Marlborough, état actuel. © François Gilles

Fabrique du décor.
Dans l’atelier d’un sculpteur de boiseries

Les dessins présentés dans l’exposition sont issus du fonds d’atelier de Nicolas Pineau, qui a été conservé dans sa descendance jusqu’à la fin du XIXe siècle. Une importante partie de ce fonds a alors été achetée par l’Union centrale des Arts décoratifs (ancêtre du musée des Arts décoratifs).

D’une très grande variété typologique, ces dessins offrent un point de vue exceptionnel sur les modes de conception et de réalisation du décor sous l’Ancien Régime. Leur confrontation avec les œuvres de Nicolas Pineau donne à voir la complexité des procédés mêmes de la création. Dans une salle de l’exposition consacrée à ces pratiques d’atelier, le sculpteur François Gilles restitue les étapes de réalisation d’une boiserie d’après un modèle de Nicolas Pineau, en donnant à voir trois phases de ce travail de sculpture. Vidéos et outils explicitent les moyens techniques mis en œuvre au XVIIIe siècle.

Coq sur une rocaille, vers 1750. Sanguine et lavis de sanguine, plume, encre brune et encre noire sur papier vergé, 37 x 31,5 cm. Paris, musée des Arts décoratifs. © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Formes du rococo

Asymétrie, sinuosités, infinies variations, rêves de Chine, imaginaires animaliers : Nicolas Pineau, comme ses contemporains et ses suiveurs, compose un art plein de fantaisie, de surprise, de profusion, qui puise son inspiration dans la nature comme dans l’architecture classique tout en les transfigurant.

Si Pineau développe un vocabulaire formel singulier, la révolution de ce goût de la courbe, de l’excès, de l’hybridation, du caprice selon certains, se répand dans tous les arts et dans toute l’Europe.

Cindy Sherman, Soupière Madame de Pompadour (Porcelaine), 1990 © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Échos du rococo

Le rococo a marqué un tournant dans l’histoire des arts décoratifs dont les échos se font encore entendre. La perception contrastée de ce style, entre passion et rejet, amène à explorer l’historicisme du XIXe siècle, les sources de l’Art nouveau et celles de la post‑modernité. Les formes du rococo se cachent, se déclinent, s’hybrident, et se réinventent toujours. Cette liberté des formes, leur inventivité apparaissent comme un défi au goût et à la logique. La ligne fouettée d’un Majorelle résonne avec les courbes asymétriques des créations de Mathieu Lehanneur ou de Pierre Renart. Vivienne Westwood comme Cindy Sherman se jouent de la préciosité rococo, à l’instar de Tan Giudicelli qui orne une robe à la façon d’une commode rocaille. Chez Royère, la nature reprend ses droits : le décorateur transforme en lianes des luminaires. La confrontation d’objets néo ou post-rococo avec l’œuvre de l’un des principaux promoteurs de cette esthétique, Nicolas Pineau, pose la question de la permanence et du succès d’un « goût », qui ne semble pas devoir s’épuiser.

Tan Giudicelli, Robe Commode, 1988 © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Exposition jusqu’au 18 mai

Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris

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